Réfléchissons encore à quelques autres mots clés...

Publié le par Sylvie

Pour faire suite à ce qui a déjà été posté … poursuivons à partir d’extraits recommentés de mon dernier ouvrage, et réfléchissons encore à quelques autres mots clés… qui nourrissent les manières d’exercer aujourd’hui le pouvoir.

1er mot clé : l’empowerment et … savoir présumer des compétences en face !

Il  est intéressant, en reprenant Michel Serre, de revisiter l’origine latine du mot « autorité », auctoritas, dont la racine se rattache au même groupe que augere, qui signifie « augmenter ». Michel Serre, dans son livre Petite Poucette, explique que  les nouvelles générations ont bousculé l’autorité et le rapport au savoir, car elles ont, dit-il, « au bout de leurs pouces », des données qui sont ce qu’il appelle des « présomptions de compétences ». 

Le rôle du manager, comme ailleurs, celui des professeurs ou des parents, est donc de faire avec des données déjà collectées, et justement, d’augmenter cette présomption de compétences, en face.  Cela permet une dynamique renouvelée du développement du savoir partagé et interactif. Un savoir qui, du coup, rend chaque acteur co-actif dans la montée en compétence. On peut alors dire que nous vivons la fin de la « présomption d’incompétence » qui conférait au « tout sachant » une sorte de savoir suprême. 

Restera quand même à ne pas confondre : données, et informations car le savoir part des données pour en faire de l’information, et de ces informations,  apportera du Savoir. C’est un peu comme la différence entre « connaissances » et « culture ».

En conclusion, je pense qu’il est intéressant de retenir que personne ne détient « le » savoir, mais qu’il passe par où il passe à qui sait le saisir pour se transformer et faire progresser ce qui le concerne.  Et la bienveillance à reconnaître ce que l’autre sait d’où il est, engage à la valeur ajoutée partagée.

2ème mot clé, ou phrase clé : faire bouger les pieds de l’autre, une légitimité qui n’a pas forcément besoin d’autorité…

Le pouvoir en somme, qu’est-ce que c’est ?

Sans doute, peut-on s’entendre ici sur une première définition pragmatique :

ce serait déjà la capacité d’influer sur l’agir d’autrui.

Avec un cheval, on considère en éthologie, que « c’est la capacité à faire bouger ses pieds! »[1] Entre loups, c’est la détermination du regard qui affiche la hiérarchie à respecter, et les moyens derrière pour assurer. Il y a donc, déjà dans ces deux cas, l’idée d’agir sur l’autre, et celle d’agir sur l’action.

Si j’évoque le point de l’éthologue, c’est qu’il me paraît incontournable aujourd’hui de revenir à l’essence même de ce que représente cette énergie du pouvoir :

  • ici, mais aussi, intemporel ;
  • humain, mais aussi inter-espèces ;
  • et systémique…, quoi qu’il en soit !

Car, à en perdre la source (confondre le pouvoir et l’attribut du pouvoir, par exemple), et à l’exercer de manière déviée, nous risquons finalement d’en perdre le but légitime, et même les moyens…

Faire  bouger les pieds de l’autre implique à la fois :

- une connexion au mouvement de celui-ci et de ce qu’il embarque avec lui,

- une représentation réelle de sa propre place dans le mouvement engendré,

- une intégration des rôles et valeurs de chacun dans l’algorithme,

- et le tout dans une compréhension inconsciente et innée de notre interconnexion mais que l’on fait charnellement sien.


[1] Citation de Franck Petetin – éthologue et comportementaliste équin.

3ème mot clé : porosité ou perméabilité ?

Réfléchissons encore à quelques autres mots clés...

La porosité peut être un danger, la perméabilité, une richesse.

Tout dépendra de ce que l’on fait de ce qui vient dans ce que l’on a… car la porosité fait rentrer l’eau sans discernement et peut provoquer des moisissures. La perméabilité nourrit la terre dans ses besoins.

La mondialisation et l’internet ont rendu parfois poreux, parfois perméables, les contours qui définissent l’intérieur de l’extérieur.

C’est le cas pour une équipe qui peut à la fois fonctionner en mode vertical et opérationnel et être ressource pour l’horizontal ou au circulaire, ou encore, une équipe qui peut s’épuiser et s’éparpiller par ses épreuves, ou au contraire, se mobiliser et grandir par ces mêmes épreuves.

C’est le cas pour un cadre qui maille avec souplesse ses temps de vie personnelle et professionnelle, ou à l’inverse, qui vit avec souffrance de ne pas ou plus différencier sa vie personnelle de professionnelle[1].

C’est le cas pour une entreprise qui peut être productrice et consommatrice à la fois,

ou pour un pays qui se voit enrichi d’autres cultures, ou infiltré par des terroristes.

L’extérieur s’importe à l’intérieur, et par tous les médias, (et avec l’image, et le net d’autant plus et plus vite), comme à son tour, l’intérieur s’exporte aussi à l’extérieur. Mais les médias, ce sont aussi les émotions, les croyances, ne nous y trompons pas !

Sans tamis, je parle de « porosité », et cela peut même attirer, comme pour les reality shows, créer une addiction à la réaction immédiate qui s’épanche…. C’est le risque de confluence, que j’évoque souvent dans cet ouvrage car il est devenu un des maux de notre société. La confluence consiste, je rappelle, à ne plus bien savoir ce qui relève du dedans ou du dehors, de ce qui nous appartient, ou pas de l’intime ou du publique. Et à l’inverse, bien sûr, ce ou ceux qui appartient (appartiennent) au dehors peut (peuvent) aussi se croire au-dedans. Bref, l’image « perçue » peut parfois paraître plus réelle que relief de la réalité d’appartenance, celle qu’on ne sait alors plus voir

Pour y remédier, la construction et le développement de sa force intérieure, comme de sa capacité à discerner, n’auront jamais été aussi nécessaires qu’aujourd’hui (et que pour demain).

C’est parce que je me connais que je peux avoir une représentation claire d’où je suis, du rôle que je tiens, de ce que j’intègre ou rejette.

C’est cette identité, par le mouvement qui la pétrit, qui contribue à ma fierté d’appartenance à ce qui bouge en moi dans plus grand que moi. Bien bouger, en conscience est une mobilité qui apporte aisance et fécondité, c’est l’inverse du risque de s’empêtrer dans des amalgames qui ne fécondent aucune solution aidante.

Cette prise de recul requiert de chercher à comprendre, à savoir, et de la conscience de soi dans ce qui est, et surtout, l’humilité qui rend fort où l’on est. C’est ce qu’on peut appeler de la maturité. Elle implique un discernement comme colonne vertébrale, et une chair souple pour se mouvoir et s’adapter.


[1] Cela s’appelle le blurring.

 

La suite… demain sur mon blog !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article